J’ai été expat’

J'ai été expat au Canada : témoignagePARTIR, c’est notre cycle de portraits sur le thème des expériences à l’étranger. Pourquoi sont-ils partis ? Comment sont-ils revenus ? Comment a évolué leur projet ? Nous leurs avons posé ces questions lors d’entretiens que nous partageons avec vous aujourd’hui.

S’expatrier. Un sentiment de liberté, de renouveau, de vertige, une opportunité à saisir … C’est ce dont Carole nous parle aujourd’hui, à travers l’expérience qu’elle a vécue au Canada.

Comment est né ce projet ?

Ce projet est né d’une proposition professionnelle faite à mon conjoint. Et donc je partais en tant qu’accompagnateur, en disponibilité professionnelle. C’est à dire qu’une fois sur place, c’était à moi de trouver un emploi, ce qui paraissait par ailleurs assez possible en tant que prof de français.

Avant cette proposition, est ce que l’expatriation c’est quelque chose qui te parlait ? Qui te faisait envie ?

Non, effectivement je n’y avais pas pensé du tout par le passé, ça a été plutôt une surprise. Mais j’avais quand même déjà fait une grosse rupture, un déménagement assez marquant entre le Nord et le Sud de la France. Alors, c’est pas un départ à l’étranger, mais c’était déjà un premier pas, et c’était déjà une expérience de départ assez radicale.

Est-ce que tu penses que, consciemment ou inconsciemment, ce premier pas a facilité un “plus grand départ” ?

Oui, je pense. Sans doute…

Et puis je l’ai mis en relation avec des expériences que des amis avaient vécus. J’ai une très bonne amie de lycée qui est partie à New-York assez tôt dans sa vie, et c’est vrai que je me disais “Pourquoi pas moi après tout ? Puisque d’autres l’ont fait.”

J’ai aussi beaucoup pensé à l’immigration de mes grands parents, de la Pologne vers la France. Je me suis dit “Tiens, moi aussi je pars à l’Ouest”. Évidemment le projet c’était pas de faire comme eux, ça n’a pas eu d’impact, et en plus c’était un contexte complètement différent. Mais sur le moment, ça a fait écho. En fait, j’avais jamais vraiment compris ce qu’ils avaient accompli en quittant leur pays pour venir en France avant de le faire moi même.

Et avant d’avoir cette opportunité, qu’est ce que ça évoquait l’expatriation ?

Avant d’en avoir l’opportunité et de partir moi même, l’expatriation ça me parlait surtout en terme de liberté. La possibilité de repartir à zéro, notamment par rapport à ce qui peut être parfois un peu pesant dans un héritage familial par exemple, au sens large du terme. C’est une façon de repartir à zéro quelque part.

Quelle a été ta première réaction quand ton conjoint t’as annoncé que vous aviez la possibilité de partir à Montréal ?

En bien en fait, un vertige ! Parce que c’était aussi attirant que effrayant. D’ailleurs, pendant quelques jours, on a complètement oscillé entre le oui et le non. Entre “Oui, bien sûr” et “Bien sûr que non”. Bon ça n’a pas duré des semaines, mais pendant quelques jours on a été un peu perdus, et on a beaucoup pesé le pour et le contre.

 


“Le fait que ce soit Montréal, ça a adouci les questions ou les peurs qu’on peut avoir sur l’expatriation.”


 

Est ce que le fait que ce soit le Canada, et plus particulièrement Montréal, a été déterminant, ou est ce que ça aurait pu être une toute autre destination ?

Alors, sur le moment c’est vrai que ça n’a pas été vraiment réfléchi. Mais je pense que oui, ça a pesé. Évidemment, le fait que la langue soit le français, c’est extrêmement facilitant. Moi je devais trouver du travail, c’est évidemment plus facile quand il n’y a pas la barrière de la langue. En plus, on est partis avec notre fils de 5 ans, ce qui voulait dire qu’il allait être scolarisé dans sa langue maternelle, donc qu’il n’allait pas y avoir de gros choc, de grosses ruptures. Si on est amenés à revenir, ça permet de limiter les effets trop aigus, trop abruptes, de l’expatriation. Je dirais que le fait que ce soit Montréal, ça a adouci les questions ou les peurs qu’on peut avoir sur l’expatriation.

Tu mentionnes le retour. Est ce vous saviez déjà que vous alliez rentrer ou est ce que, comme le départ, c’est quelque chose qui s’est simplement présenté ?

Le retour, il était lié au contrat de mon conjoint. On est partis en sachant, qu’on allait rester 2 ans, ou 4 ans, ou plus. En tout cas, c’était quelque chose d’assez sécurisant, mais c’était pour deux ans minimum.

Comment tu t’es organisée au niveau professionnel ?

Au niveau professionnel, il y a un élément important, c’est le fait que je n’ai pas eu à démissionner. En tant que fonctionnaire Éducation Nationale, j’avais un statut de “Mise en disponibilité pour suivre son conjoint”, qui est renouvelé d’une année sur l’autre. En partant, on perd son poste actuel, mais au retour, on réintègre un poste dans son académie, et je crois même dans son département. Donc c’est une prise de risques mesurée. A ce niveau là on était quand même dans des conditions de confort, ne pas démissionner, pouvoir trouver du travail assez facilement compte tenu de la langue, etc.

Ensuite, sur place, il faut faire les démarches pour être prof. Et pour ça, il faut un permis de travail, comme tout le monde, mais il te faut aussi un permis d’enseigner, qui est une sorte de permis de travail spécifique, avec des démarches un peu plus longues. Mais j’ai eu de la chance, j’ai rapidement trouvé un poste dans un établissement d’enseignement français à l’étranger.

 

Témoignage départ au Canada

 

Un départ comme ça, sur un autre continent, ça s’organise comment ?

En fait, pour nous les démarches ont été facilitées par le fait qu’on avait des contacts sur place. On a fait un premier voyage quatre ou cinq mois avant notre départ définitif, et on a été très très bien accueillis par des futurs collègues de mon conjoint, qui étaient eux aussi expatriés, mais d’Argentine. Ils nous ont logé et ils nous ont conduit partout où on en a eu besoin. On devait trouver un appartement, inscrire notre fils à l’école, et grâce à leur aide, en une semaine c’était fait.

Le reste, on l’a fait depuis la France. C’est principalement des démarches administratives qui sont pas toujours très drôles ni très simples, mais encore une fois, le fait de pouvoir communiquer en français avec les différents services, ça facilite grandement les choses. Et puis sur place, nos connaissances pouvaient répondre à des questions, ou si besoin se rendre sur place pour dénouer un problème. C’était une chance d’avoir leur aide !

Et surtout, mon conjoint avait déjà un contrat de travail, et ça, vraiment, c’est un sésame. Parce que ça induit qu’il a le droit à une sécurité sociale pour lui et sa famille par exemple, et c’était aussi un élément clé.

 


“Je suis partie dans l’idée de recommencer quelques petites choses, notamment sur le plan des représentations
et des modes de vie.”


 

Dans quel état d’esprit tu es partie ?

J’étais vraiment dans l’idée de prendre un nouveau départ. Je suis partie dans l’idée de recommencer quelques petites choses, notamment sur le plan des représentations et des modes de vie.

Et justement, au niveau des modes de vie, au niveau culturel, c’est comment Montréal ?

C’est une ville où la moitié de la population est primo arrivante, une ville très cosmopolite, et ça, c’est vraiment intéressant. Ce que j’ai beaucoup aimé dans la culture québécoise, c’est qu’il n’y a pas de snobisme, un snobisme d’ailleurs que j’ai pu trouver parfois un peu pesant en France, autour des hiérarchies sociales. Bon, c’est peut être pas vrai dans le détail, mais globalement, il n’y a pas cette pesanteur des hiérarchies qu’il peut y avoir en France sur le lieu de travail, ou avec les personnes que tu rencontres. Les gens sont aussi respectés les uns que les autres, peut importe leur travail ou leur niveau d’études. Et cette absence de “pesanteur d’ancien régime”, je dirais, c’est quelque chose de très intéressant à vivre.

Après, au fil du temps, sur les deux années, certaines choses ont été plus corrosives … (Rires) Je cherche une manière de le dire qui soit un peu diplomatique … Disons qu’il y a beaucoup de chaleur et de gentillesse dans les rapports sociaux quotidiens, mais en revanche, c’est une société où l’argent n’est pas tabou, et où les intérêts financiers de chacun passent avant le reste. Et ce qui est étonnant, c’est que ce n’est pas du tout perçu comme étant contradictoire avec d’autres valeurs. En France, on a un peu tendance à penser que l’intérêt qu’on a pour l’argent entre en contradiction avec la gentillesse, la solidarité, l’amabilité, la chaleur … À Montréal non. C’est une société très radicalement libérale, voire ultra libérale, où chacun pense à ménager ses intérêts professionnels et financiers, et sans vergogne, sans fausse pudeur, et sans complexe. Mais encore une fois, ça n’empêche pas non plus qu’il y ait de la chaleur humaine, une certaine amabilité au quotidien, du cosmopolitisme, c’est quelque chose de réel aussi.

Et quand on part aussi loin et longtemps, quelle relation on entretient avec son pays natal ?

Par rapport à la France, j’ai eu très vite une grande nostalgie … vraiment très vite. Je me suis rendue compte à quel point les traces de l’histoire ancienne dans mon environnement étaient vraiment très importantes pour moi, et surtout à quel point ça me manquait. A quel point il pouvait y avoir quelque chose de froid et de rude pour moi, à être dans un pays dont l’histoire n’est pas visible dans un bâti par exemple, Je parle bien d’une “histoire visible”, parce que bien sur il y a une histoire avant la colonisation européenne. Et je me suis rendue compte à quel point l’architecture des villes européennes anciennes, la trace du passé, les rues pavées, les églises médiévales, m’étaient chères. Mais encore une fois, je l’ai pas analysé sur le moment, je ne sais pas vraiment pourquoi… Mais ça m’a physiquement manqué.

Et dans quel état d’esprit tu es rentrée ?

Et bien je suis rentrée contente d’avoir fait cette expérience. Et bizarrement, 6 ans après, je me rends compte que les meilleurs souvenirs que je garde ce ne sont pas des souvenirs du Canada, ce sont des souvenirs des Etats du nord des Etats-Unis. Des endroits, où on est allés assez souvent, surtout l’État de New York, le New Hampshire et le Vermont. Je garde aussi d’excellents souvenirs des balades en Nouvelle Angleterre et des bons souvenirs de la ville de Montréal en tant que telle, quand même. Mais je me voyais pas m’y installer définitivement.

Et pour en revenir à ce que je disais de la “Vieille Europe” (Rires), de l’histoire qui me manquait, on peut dire que j’étais heureuse de revenir, et de me réenraciner. Et c’est vraiment ma ville qui me manquait pour le coup, c’est vraiment Bordeaux qui me manquait, parce que c’est une ville très marquée par l’histoire. C’est étonnant, je sais pas trop l’expliquer, c’est pas une question esthétique non plus … J’étais heureuse de retrouver les vieilles pierres, les églises, les rues pavées, de retrouver ce cadre là.

Si c’était à refaire ?

Ah je le referais ! Sans hésiter.

 


“Ce départ m’a appris ça de moi : que ma place est ici,
que ma maison est ici.”


 

Et si c’était à faire ? C’est à dire si tu avais la possibilité de le refaire demain ?

Et bien non, pour le coup non. Autant j’ai très envie de voyager, autant ce départ m’a appris ça de moi : que ma place est ici, que ma maison est ici. Alors évidemment c’est pas un sentiment universel.

C’est marrant parce que, je me souviens que lorsque que j’étais allée voir ma copine partie à New-York et son mari – et c’était bien bien avant notre départ, il n’était pas question du tout à ce moment qu’on parte, je les écoutais parler, et lui disait qu’il avait vraiment envie de rentrer en France. Et ça me paraissait aberrant ! Je me disais “Quand on a la chance de faire cette expérience d’expatriation, et puis de vie, dans une ville comme New York, comment on peut avoir envie de retourner dans un petit village des Pyrénées ?” Je ne comprenais pas du tout.

Et finalement c’est exactement ça qui m’est arrivé. Sauf qu’il a fallu que je le vive pour comprendre où était ma place. Ça m’a appris énormément. Aujourd’hui je sais où j’habite comme on dit (Rires) ! Et ça c’est quand même hyper positif. Et donc oui j’ai vraiment envie de voyager, mais je ne pense pas du tout que je vais retenter une expérience à l’étranger.

 


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A très bientôt,
Les Deux du Bazar

Psst : Les photos de cet article appartiennent à Carole


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