Portrait Road trip Australie

J’ai parcouru l’Australie en van

PARTIR, c’est notre cycle de portraits sur le thème des expériences à l’étranger. Pourquoi sont-ils partis ? Comment sont-ils revenus ? Comment a évolué leur projet ? Nous leurs avons posé ces questions lors d’entretiens que nous partageons avec vous aujourd’hui.

A la fin de l’année 2012, Pablo a pris un aller simple pour l’Australie. Là-bas, il a fêté ses 30 ans et parcouru le pays en van. Pendant plus d’une heure, il nous a raconté l’évolution de son projet et son expérience australienne.

 


“Ce projet, il m’est tombé dessus”


 

COMMENT EST NÉ TON PROJET ?

C’est drôle parce que je ne suis pas sûr de donner une réponse à laquelle on s’attend. En fait, c’était pas mon projet, pas du tout, ça c’est un peu fait comme ça … J’avais envie de partir mais rien de programmé, et surtout j’avais une autre destination en tête.

Et il se trouve que je connaissais une personne qui partait en Australie pour au moins un an avec le Working Holiday Visa, et qui m’a proposé de l’accompagner. Il n’en fallait pas plus pour me tenter !

ET DONC C’EST A CE MOMENT QUE TU COMMENCES UN PEU À MÛRIR LE PROJET ?

Pas du tout ! [Rires]  Attends, ce projet il m’est tombé dessus, je l’ai pas mûri. Pour te donner une comparaison, un projet mûri c’est mon voyage en Chine, que j’ai mis un an à préparer. Pendant un an, j’ai vécu Chine. Là, une fois dit : “Ok, je pars”, j’ai juste eu le temps de faire mes valises et d’aller à l’aéroport.

L’Australie, ça s’est fait en 4 mois. J’ai dit oui, et 4 mois après j’étais dans l’avion. Mais j’ai hésité aussi, beaucoup, parce qu’il y a d’autres questions qui se posent, comme l’argent par exemple.

MAIS TU PARTAIS QUAND MÊME AVEC L’IDÉE DE REVENIR AU BOUT D’UN AN ?

Non,  je ne suis pas quelqu’un qui prévoit à très long terme. Je savais que le Working Holiday Visa durait un an, et que tu peux le renouveler un an de plus. Je savais aussi qu’il permet de travailler sur place, ce qui est bien. Donc je savais pas réellement combien de temps j’allais rester là-bas. Et honnêtement je ne pensais pas rentrer aussi tôt…

 


“En Australie […] tu penses tout de suite au roadtrip, aux paysages, à la route”


 

L’IDÉE DU VAN EST VENUE COMMENT ?

C’est simple, au bout d’un moment, j’ai compris que l’Australie n’allait pas sans le van. C’est un pays de road trip, comme les Etats-Unis. Tu vois tu te dis pas “tiens, je vais faire les Etats-Unis en train”. Enfin quoique, si tu pourrais ! Ce serait décalé, ce serait sympa d’ailleurs. Mais tu penses tout de suite au roadtrip, aux paysages, à la route.

Mais en vérité je savais pas si j’allais avoir un van. C’est juste une idée que tu as, mais dans les faits tout peut arriver. Et puis, y’a pas que le van, il y a aussi une mentalité. C’est le van et tout ce que ça apporte, tout ce que ça représente. C’est aussi le mode de vie, cette manière là de voyager, qui a fini par me faire envie.

Ce dont j’étais sûr, et encore une fois ça ne présage pas de ce qu’il peut se passer, c’est que je voulais pas rester à Sydney.

ET DANS LES FAITS ?

Dans les fait c’est plus complexe. Je me suis retrouvé seul à Sydney, je ne conduisais pas, et j’avais toujours l’envie de faire un road trip. Donc là déjà …

C’EST CULOTTÉ !

C’est justement pour ça qu’au départ ce n’était qu’un grand rêve plus qu’un truc que je voulais faire absolument.

Donc, dans les faits, j’ai cherché des gens avec qui voyager. Et il se trouve que ça n’a pas été si facile que ça ! Quelque part, c’est proposer à des inconnus de vivre avec toi … Mais j’ai fini par rencontrer deux personnes, avec qui on avait cette même envie. On s’est vu, on a discuté, et on a tout de suite été d’accord.

TU LEUR AS DIT QUE TU N’AVAIS PAS LE PERMIS ?

[Rires] Evidemment ! ça c’est la première chose que tu expliques, tu peux pas mentir ! Et d’ailleurs ce qui est marrant, c’est que même en leur ayant dit, c’est une remarque qui est revenue plus tard. Mais c’est aussi parce que je ne pensais pas que de ne pas avoir le permis aurait pu être un fardeau.

VOUS VOUS ÊTES ORGANISÉS COMMENT ?

Quand je te dis qu’on était d’accord, ça veut dire qu’on était d’accord sur la même idée, la même volonté : acheter un véhicule, travailler, et ensuite faire ce fameux road trip. Il se trouve qu’on s’est décidés à prendre un van, pour le mythe et surtout l’espace. [Rires]

Après avoir acheté le van, on a réglé les derniers détails au bord de la plage de Coogee avec les deux jeunes vendeurs français (aussi backpackers), et on a mis nos sacs à l’arrière. Voilà, là, tu réalises que ça devient ton chez toi, notre chez nous. A trois dans le van, on a pris la route direction ouest.

Question organisation, ça s’est fait instinctivement, ça n’a pas été réfléchi. A l’avant, j’étais celui qui s’occupait de la carte routière, le fameux rôle du (très bon) copilote. [Rires] Ensuite pour la vie quotidienne, on se répartissait les tâches, je pense, plutôt équitablement. Tout se fait naturellement, en fin de compte, et puis ça devient un quotidien bien huilé.

DONC L’ÉTAPE D’APRÈS C’ÉTAIT DE TROUVER UN BOULOT ?

Oui. On a été chercher du travail à trois jours de Sydney, dans le Sud-Ouest. On n’avait pas de destination ou de ville précise. Mais en Australie, si tu veux faire des petits boulots de backpackers, c’est souvent des boulots de ferme, tu as un petit guide qui s’appelle le Harvest Guide, c’est la Bible des backpackers. Ici, tu as tout ce qui peut se récolter, classé par région, avec les noms des villes, et par saison. Donc, on s’est pointé dans une ville, on a toqué à la première ferme-exploitation et … le lendemain matin on commençait à cueillir des fruits.

Je ne dis pas que ça se passe toujours comme ça, loin de là. De mon expérience ça a été difficile de trouver du boulot en ferme dans certaines autres régions.

Road trip australie

 


“La vie en van ? C’est une belle vie !”


 

C’EST COMMENT LA VIE EN VAN ?

La vie en van ? [Sourire] C’est une belle vie. Tu te réveilles avec le soleil …

En vrai, la vie en van c’est une belle vie dans les pays qui le permettent. En Australie tout est fait pour une vie de nomade. Et quand je dis van, je parle aussi des campings car, des bus aménagés, des 4×4, des camions… Même de tank si tu veux … [Rires] Tout ce qui roule en fait !

Quand tu voyages comme ça, ta première mission c’est de trouver un bon spot pour te garer qui soit proche d’un point d’eau et de toilettes. Et pour ça, l’Australie c’est le paradis. Je te jure, des “chiottes” tu en as partout. Tu as aussi toujours un petit coin ou il y a des tables ET des barbecues… oui,  l’Australie c’est bien le pays du barbecue. Donc pour une vie en van, c’est génial, il y a vraiment tout ce qu’il faut.

Mais il y a une seconde mission tout aussi importante c’est de savoir où on peut dormir, et où on va dormir. Pour ça, tu as une deuxième Bible, le Camps Australia. C’est le bouquin des campings, avec les catégories, et les cartes routières de toutes les régions, c’est un indispensable. Ça nous a permis, entre autre, de trouver des lieux où dormir gratuitement. Quand c’était pas possible, on essayait de trouver un coin, à l’écart, où se garer pour la nuit sans trop attirer l’attention. Et tôt le matin on repartait. Ni vu, ni connu. Enfin pas tout le temps… [Rires]

TU RENONCES QUAND MÊME A UN CERTAIN CONFORT ?

Oui, évidemment, clairement. Si tu compares avec ta vie française, et parisienne pour moi, ça n’a rien à voir. Après je ne me suis jamais posé la question. Quand j’ai pris le van, j’avais aucun a priori sur ce qu’allait être les conditions de vie. Ni appréhension, ni a priori, juste un “kiff” et un grand rêve devenu réalité. C’est une sorte d’inconscience, au départ.

Au début on était trois dans le van, c’était minuscule, tu as peu de confort, peu de place. Mais, si tu y réfléchis bien, de quoi as tu vraiment besoin ?

TU AS DOUTÉ PARFOIS ? EST-CE QUE TU T’ES DIT “ÇA VA PAS LE FAIRE? JE VAIS RENTRER” ?

Non, rentrer, je n’y ai jamais pensé. Renoncer c’est pas vraiment dans mon caractère. Mais quand je me suis retrouvé seul à Sydney, après plusieurs semaines, que j’avais plus de logement, oui j’ai fini par douter. Il a fallu que je réagisse vite. Ce que j’ai fait. J’ai trouvé un logement dans une super coloc’, dans un grand appart en plein centre de Sydney. Mais là c’est la question de l’argent qui commence à se poser. Et j’ai pensé à d’autres solution, à un plan B comme partir en Asie par exemple…

Finalement, c’est grâce à mon caractère toujours joyeux et optimiste que j’ai rencontré mes futurs compagnons de route.

 


“[En van] C’est les relations humaines qui sont les plus compliquées finalement, pas les problèmes techniques ou logistiques…”


 

ET ENSUITE ?

Ensuite c’est la vie dans le van qui commence. Et le vrai problème, ce n’est pas le van mais le caractère de chacun. C’est ça le plus difficile, c’est très compliqué. Et c’est grandement amplifié par le manque d’espace et d’intimité. Résultat : on a démarré à trois, on a terminé à deux. Pour le meilleur, parce qu’au début, ça se passait vraiment mal.

Et comment ça allait se passer, c’est une question que je m’étais jamais posé … un peu naïvement d’ailleurs. De toute manière, c’est un pari que tu prends au départ quand tu décides de partir avec un[e] inconnu[e]. Et je me suis rendu compte que ce sont les premières questions que l’on te pose a ton retour. Si c’est pas dingue d’être parti, comme ça, avec des personnes que tu ne connais pas. Oui, peut être. [Sourires]

Mais je ne regrette absolument rien. Par contre, j’ai retenu ce fameux dicton : mieux vaut voyager seul que mal accompagné. Sinon, ça tue un voyage.

Finalement, dans une vie en van, ce sont les relations humaines qui sont les plus compliquées, pas les problèmes techniques ou logistiques…

DANS QUEL ÉTAT D’ESPRIT TU ES PARTI ?

Une année 2012 sans histoires … Et, voilà, tout à coup on me propose de partir en Australie. T’imagines la tête que je pouvais faire ? Les quelques mois avant de m’envoler pour l’autre bout du monde, j’étais sur un nuage. J’étais déjà là bas avec mes tongs aux pieds  !

ET DANS QUEL ÉTAT D’ESPRIT TU ES REVENU ?

Un peu dégoûté d’être revenu aussi tôt. J’aurais aimé rester plus, mais j’avais pas le choix. Si j’avais pu rester un an de plus, ça aurait été sans hésiter. Et avec la même vie !

Sinon à mon retour en France j’étais heureux.

CE QUE TU AS PRÉFÉRÉ DANS CE VOYAGE ?

Ce sentiment de liberté immense, c’est un pur bonheur, on doit rien à personne. Aucune obligation, pas de routine… Et chaque jour tu en prends plein les yeux.

 


“Je suis revenu heureux, vraiment heureux !”


 

TU ES REVENU CHANGÉ ?

Je suis revenu heureux, vraiment heureux ! Ça vaut tout le reste.

Cette vie là elle t’apprend à te laisser vivre. On perd tous ses repères, son confort, son quotidien.

Quand on revient d’un voyage comme ça, souvent on a grandi, mûri.  Ça ne se ressent pas tout de suite, mais au fil du temps on remarque les changements.

Et puis tu reviens mine de rien en ayant répondu à certaines questions. Pas forcément des questions que tu te poses consciemment, mais des questions qui sont là. Il y a une certaine insouciance chez moi qui me pousse à faire les choses sans trop me poser de questions. J’ai pas peur de prendre des risques, enfin des petits risques évidemment … Et j’ai découvert que oui, j’étais capable de me débrouiller, et de m’adapter.

DONC SI C’ÉTAIT À REFAIRE ?

Évidemment je le referai !  Dès demain ! [Rires]

ET TES PROCHAINS PROJETS ?

Des voyages !!!


D’autres portraits arrivent prochainement !

A très bientôt !
Les Deux du Bazar

NB : Toutes les photos de cet article appartiennent à Pablo.


2 commentaires

  1. Carole dit :

    Joli témoignage qui aborde avec légèreté, humilité et humour des questions assez profondes, on dit qu’on part avec soi-même … C’est une très bonne idée cette série de témoignages, autour de ce qui se joue quand on part « pour de bon », ce qu’on quitte et ce qu’on trouve de soi-même, du monde et des autres, merci les deux!

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