Je suis partie un an en Erasmus

PARTIR, c’est notre cycle de portraits sur le thème des expériences à l’étranger. Pourquoi sont-ils partis ? Comment sont-ils revenus ? Comment a évolué leur projet ? Nous leurs avons posé ces questions lors d’entretiens que nous partageons avec vous aujourd’hui.

Il y a 10 ans, Pauline prenait un avion en direction de Tallinn, en Estonie, pour y passer sa troisième année de Sociologie dans le cadre du programme Erasmus. Elle nous raconte sa version de L’Auberge espagnole, avant, pendant, et après.


COMMENT EST NÉ TON PROJET ?

Je ne saurais pas dire en quelle année le film L’auberge espagnole est sorti, mais je me rappelle que mon frère était allé le voir au cinéma, et en rentrant il a dit “C’est vraiment trop bien !”. Et ça c’est surement caché dans un coin de ma tête …

Et ensuite, un peu plus concrètement, c’était à la fac. Juste avant un cours, quelqu’un est venu nous informer d’une réunion pour partir avec Erasmus. Et la prof qui était avec nous à ce moment là, nous avait justement dit que pour partir c’était la L3 la meilleure année, et qu’après pendant le processus du Master, c’était plus compliqué. Et donc ça tombait très bien puisque j’étais en L2.

Et après, ça s’est fait sur un coup de tête…

 


“Quitte à partir, autant aller au plus loin
et au plus inconnu pour nous”


 

COMMENT TU AS CHOISI LA DESTINATION ?

J’avais rien pensé comme destination. C’est justement à cette réunion qu’ils nous ont présenté les départements (et donc les pays) qui étaient en partenariat avec le nôtre. Ce qu’il faut savoir déjà, c’est qu’on nous a présenté Erasmus, et donc ils ne nous ont pas proposé d’autres pays en dehors de l’Europe.

Au début, j’avais plus en tête l’Angleterre, en me disant que j’allais pouvoir travailler mon anglais. Et en fait il s’est avéré que notre département avait rompu tous les partenariats avec l’Angleterre.

En gros, il nous restait l’Espagne, mais les cours étaient en espagnol, voire en catalan, et je n’ai jamais appris cette langue. Et sinon les deux autres pays qui donnaient des cours anglophone c’était la Pologne et l’Estonie.

A ce moment là, on était 5 du même département à avoir envie de partir en même temps et ensemble. Et on s’est dit que quitte à partir, autant aller au plus loin et au plus inconnu pour nous, c’est à dire l’Estonie.

DONC CE PROJET, IL ÉTAIT UN PEU PORTÉ PAR UNE DYNAMIQUE DE GROUPE ? C’ÉTAIT DES PERSONNES QUE TU CONNAISSAIS BIEN ?

Oui, exactement. Quand tu arrives à la fac, c’est pas vraiment comme le collège ou le lycée. Tu ne connais personne, et ça met du temps à se construire. Mais à la fin de la première année, et pendant la deuxième année, on avait vraiment un bon groupe de potes, on a créé plein de choses.

Et justement on était 4 de ce groupe à vouloir partir, et puis un 5e qui était assez proche du groupe aussi.

ET LE PROGRAMME ERASMUS EN LUI-MÊME, IL T’A SEMBLÉ FACILITATEUR ? BIEN ORGANISÉ ?

[Rires] Ça m’a semblé comme dans L’Auberge Espagnole ! Tu vois au début ? Quand il dit qu’il faut le formulaire E je sais pas trop combien ? C’est un peu les Douze travaux d’Astérix … Mais on était très bien accompagnés par notre fac.

Ce qui est le plus compliqué, c’est de choisir des matières avant de partir… Il faut aller sur les sites des universités, regarder les cours, c’est hyper difficile. Et puis finalement les cours que j’avais choisi ils n’étaient pas en anglais, et à Tallinn de toute façon il y a un programme spécifique pour les Erasmus, donc avec des cours en anglais.

Et là t’es déjà sur place, et tu dois rappeler la fac pour leur dire que ce que tu as mis sur le papier, et c’est un peu un contrat qu’on fait avec eux, c’est plus d’actualité, que ce n’est pas ce qu’ils ont validé. Parce que tu t’engages quand même à partir avec une proposition cohérente. Si avant de partir tu proposes des matières qui n’ont rien à voir avec ton parcours, ils sont censés te dire que c’est pas possible. Mais en réalité, sur place je n’ai eu qu’un cours de Sociologie sur l’année… Et en plus un cours d’initiation à la Sociologie, alors que j’étais en L3.

 


“Le retour en France a été assez important, au moment de Noël. Et je suis restée presque un mois.
J’avais besoin de souffler, reprendre mes esprits…”


 

EST CE QUE TU AS EU DES DOUTES ?

Aucun ! Même au moment de l’annonce à mes parents. Je me souviens, je suis arrivée un samedi chez eux, c’était en Mars ou Avril, et je leur ai dit “En Août je pars”. Parce que j’avais fait toutes les démarches sans leur dire… Pas pour leur cacher, mais en me disant que ça servait à rien de leur dire avant d’avoir la réponse définitive.

Et sur place en arrivant non plus. Même si j’ai eu du mal à entrer dans le groupe au début. Quand tu arrives c’est un peu particulier, on est toutes les nationalités ensemble, il y a beaucoup de monde….

C’est plus après, vers décembre, après presque 6 mois… J’avais passé beaucoup de temps à faire la fête, à aller très peu en cours, non pas parce qu’on y allait pas, mais parce qu’on avait très peu de cours, tout simplement. Et à un moment j’ai eu une saturation, j’ai eu l’impression de régresser. On faisait vraiment la fête tout le temps, avec des horaires pas croyables, et en plus avec un climat où il fait nuit presque tout le temps.

Donc là, le retour en France a été assez important, au moment de Noël. Et je suis restée presque un mois. J’avais besoin de souffler, reprendre mes esprits, et me dire “Dans quelle dynamique je repars” ?. Il fallait vraiment recentrer un peu les choses, prendre du recul.  Parce qu’en fait, sur place, on était complètement emmenés par le groupe. On n’a pas le temps de se poser et de se dire par exemple “Qu’est ce que je fais ? Cette soirée j’y vais ou pas ? “, parce que finalement on partageait tous la même vie.

VOUS ÉTIEZ SUR UN CAMPUS ?

Dans un immeuble, on était tous les Erasmus dans le même immeuble. On a du trouver le logement avant de partir, et ils nous proposaient l’équivalent du CROUS un peu. Mais on ne savait pas du tout ce qu’on allait avoir avant d’arriver. Là on était deux par chambre, dans des appartements de 4 chambres.

Je suis partie un an en erasmus


“Je savais que mon départ en Erasmus marquait un point final sur pas mal de choses”


 

DANS QUEL ÉTAT D’ESPRIT TU ES PARTIE ? SI TU DEVAIS NOUS DÉCRIRE UNE PHOTO DE TOI JUSTE AVANT LE DÉPART…

C’est compliqué…   

PAR RAPPORT À QUELQUE CHOSE, QUELQU’UN DE PARTICULIER ? TES PARENTS ?

Non, c’est pas vraiment le départ d’avec mes parents qui m’a questionnée. Ça, ça m’a plutôt questionnée pendant que j’étais en Estonie.

Avant de partir, ce qui m’a questionnée, c’était de quitter cette bande de potes de fac dont j’avais toujours rêvé, qui était très solide et avec qui ça fonctionnait vraiment bien… D’ailleurs, les ‘au-revoirs’ ont été compliqués avec eux. Surtout qu’à l’époque, je savais pertinemment que si je partais de Rouen, je ne reviendrais pas. Je savais que partir en Erasmus marquait la fin de ma vie là-bas, et donc c’était un peu particulier.

Et en plus, à côté de cette bande de potes très forte, mais aussi très nouvelle, il y avait la bande de potes du lycée qui commençait à s’effriter… Et quelque part je crois que j’avais pas envie d’assister à ça, de voir ça partir.

Donc en fait je savais que mon départ en Erasmus marquait un point final sur pas mal choses. Parfois on dit “choisir c’est renoncer”, et mon choix de partir m’a vraiment fait renoncer, y compris à des amitiés qui aujourd’hui me laissent un très bon souvenir, mais qui ne sont plus actuelles.

Mais à côté de ça je me suis pas posée de question sur le départ en lui même, j’étais vraiment contente de partir ! Donc la photo, elle est assez compliquée à décrire, parce que c’est avec un certain recul que je te dis ça aujourd’hui.

EST-CE QUE C’EST UNE ENVIE QUE TU AS EU PLUS JEUNE ? PARTIR À L’ÉTRANGER ?

Absolument pas. Et ça a même étonné ! [Rires] Moi j’étais plutôt une petite fille casanière, donc partir de chez moi un an à l’étranger, mes proches ne s’y attendaient pas du tout. Mes parents quand je leur ai annoncé, ils m’ont dit “Oui d’accord”. Il n’y a eu aucune résistance, mais jusqu’au dernier moment ils se sont dit “Elle va pas le faire”, ou “Elle va rentrer”, c’est ce qu’ils m’ont dit en décembre d’ailleurs, que je pouvais rentrer définitivement. En fait, je pense qu’ils y croyaient pas forcément….

 


“Terminer Erasmus, c’est assez indescriptible comme sensation”


 

ET DANS QUEL ÉTAT D’ESPRIT TU ES RENTRÉE ? LÀ C’EST LA PHOTO DE PAULINE À L’AÉROPORT DE TALLINN JUSTE AVANT DE RENTRER…

Et bien cette photo n’existe pas ! [Rires] A cette époque on était un groupe de quatre (deux Espagnols, un des Français qui était parti avec moi, et moi) et on était tous d’accord sur le fait qu’on ne pouvait pas clore cette année en trois heures d’avion. En fait, il faut s’imaginer que c’est comme une colo, sauf que ça dure un an ! Terminer Erasmus, c’est assez indescriptible comme sensation… Donc on s‘est dit qu’on allait rentrer en bus, pour vraiment sentir le départ.

La première étape c’était Tallinn-Varsovie, et en plus c’est pas les bus d’aujourd’hui [Rires] ! Avec le wifi et tout ça… Et on était très chargés, parce qu’on faisait notre déménagement aussi en fait. Et pendant les 17 heures de trajet, on a tous les quatre pleuré, on n’a pas dormi, on était pas bien.

Mais après ça a été mieux parce qu’en Pologne on a retrouvé des Polonais qui étaient avec nous en Estonie, et puis après c’était l’Allemagne, et on a retrouvé des Allemands qui étaient avec nous aussi. Et finalement, on ne s’est pas arrêtés en France, on a continué jusqu’en Espagne.

ET LE RETOUR EN FRANCE ?

Après l’Espagne, je suis remontée en bus jusqu’à Lyon toute seule. Et pendant les 10 heures de trajet, je me suis dit “Qu’est ce que tu vas faire” ? Bon … j’ai pas forcément trouvé la solution sur le moment. Mais en tout cas, on rentre vidé.

Ce qui m’a aussi marqué, c’est que je me sentais seule partout. Je me rappelle être rentrée mi-juin, donc j’ai vite revu ma bande de potes, et je suis vite ressortie avec les copains de mon frère et ma soeur aussi. Mais pendant les soirées, je me sentais seule… On passait tout notre temps ensemble, on était quarante tout le temps ensemble. Si bien que vous avez l’impression qu’il y a une partie de vous qui n’est pas là. Et c’est même pas vos potes qui vous manquent, c’est les corps. C’est vos potes qui vous manquent “physiquement”. Après ça, l’été n’a pas été très agréable, il a fallu se remettre …


“J’ai appris que voyager, c’est facile. Et ça, c’était important pour moi”


 

AVEC LE RECUL, CETTE ANNÉE À L’ÉTRANGER ELLE A EU QUEL IMPACT SUR TOI ?

Tout le monde m’a dit que je n’étais pas revenue comme j’étais partie. J’imagine que c’est un peu la base de tous les départs … Après, j’ai pas l’impression que cette année m’ait beaucoup changée.

En tout cas, j’ai appris que voyager c’est facile. Et ça, c’était important pour moi, comme j’avais ce côté un peu casanier.

Ça m’a donné envie d’avoir des challenges en fait, tout le temps. Deux ans plus tard, je suis partie pour le 4L Trophy. Je me suis peut être un peu assagie aujourd’hui … Mais voilà, Erasmus ça m’a donné une soif d’aventures.

ET SUR PLACE, TU EN AS PROFITÉ POUR VOYAGER UN PEU ?

A l’époque l’Estonie n’était pas dans la zone Euro, donc la vie était moins chère, et on peut dire qu’on vivait assez bien. On se permettait un voyage par mois, ce qui fait que j’ai visité 11 pays en dehors de l’Estonie. Alors certes, j’ai pas fait les 11 pays en entier, mais je suis rentrée physiquement dans 11 pays européens.

ET L’APRÈS ERASMUS C’EST COMMENT ?  

Alors, tu gardes pas des contacts avec les quarante personnes, naturellement. Et d’ailleurs c’est pas forcément avec ceux à qui tu penses en premier que tu gardes contact. Ma colloc, avec qui on partageait la chambre, on a vécu 10 mois ensemble. Et autant ça aurait pu être l’horreur, autant pour nous c’était hyper naturel, c’était hyper facile, hyper bien. Et finalement, le contact ne s’est pas maintenu. Disons que moi je l’ai fait, mais pas elle.

Aujourd’hui on a un petit groupe, d’un couple allemand, un couple espagnol, et dans les français, on peut dire que le mec avec qui j’ai traversé l’Europe et moi, on est restés très proches.

 


“Bien sur que je le referais. Mille fois, mille ans !”


 

ET SI C’ÉTAIT À REFAIRE ?

Je repartirais sans crainte et je choisirais le même pays. L’Estonie ça m’a plu ! Au début l’Espagne c’était plus tentant : c’est plus familier, t’as le soleil, t’as la fête. L’Estonie tu t’en fais pas un lieu de vie extraordinaire quand t’y penses [Rires] ! Bien sur que je le referais. Mille fois, mille ans !

J’y suis retournée quatre ans après, en Summer School, et retourner dans l’université, retourner dans le dortoir, retourner dans les bars, les boîtes, les restaus… ça fait quelque chose. En fait c’est ma maison, je m’y sens chez moi. Quand j’atterris à Tallinn, j’atterris à la maison. Et c’est fou parce que c’est qu’un an de vie finalement… Mais c’est fort !

ET TON PROCHAIN PROJET ?

Mon prochain projet … Et bien aujourd’hui c’est plus trop les mêmes. Déjà c’est des projets à deux, parce que je suis mariée. Bon j’ai des projets perso aussi, mais en gros on fait des voyages… J’allais dire “de vieux” [Rires] ! Mais bon, on part quinze jours/trois semaines en vacances, comme tout le monde on va dire.

Après on a des rêves, comme prendre un van, l’aménager et parcourir la France ou l’Europe. Mais c’est pas comparable, ça restera une expérience à part dans ma vie.

Peut être que mon projet par rapport à Erasmus c’est, si j’ai des enfants, de leur dire “Mais partez bon Dieu, partez !”


A lire également :

  – J’ai parcouru l’Australie en van

A très bientôt !
Les Deux du Bazar

Psst : Les deux photos de cet article appartiennent à Pauline.


2 commentaires

    • unbazarpourdeux dit :

      Chère Pauline, merci à toi pour ce beau témoignage ! On est très heureux de le partager ici, et qui sait, peut être d’en inspirer certains 😉

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